Une jeune première qui a du génie, des dialogues croustillants et un duo d’acteurs inédit … Le petit dernier des frères Coen est sorti le 23 février en France, avec ses défauts, mais il vaut le détour.
Rentré bredouille de ses dix nominations aux oscars, True Grit a pourtant largement convaincu les critiques qui se sont notamment empressés de sacrer Hailee Steinfeld nouvelle princesse de Hollywood. La jeune actrice interprète le rôle d’une adolescente qui fait parfois le double de son âge, partie venger son père assassiné dans l’Ouest américain de la fin du XIXème siècle. Après Elle Fanning qui joue Cleo dans le Somewhere de Sofia Coppola, c’est la deuxième fois en quelques semaines que l’on nous fait l’éloge planétaire d’une petiote de 14 ans. Celle de True Grit n’aura pas volé sa nomination aux oscars car, sacrée Hailee, grâce à un jeu dynamique, se fond dans la peau de ce personnage au caractère bien trempé et porte seule le film pendant les vingt premières minutes. Elle lui donne du rythme, une âme, le ton.
Mattie Cross a quatorze ans. Son père a été tué par le dénommé Tom Chaney qui a pris la fuite après avoir volé à sa victime sa jument et deux morceaux d’or. Le crime ne restera pas impuni. A force de harcèlement et aidée d’un peu d’argent savamment racketté, la fillette s’offre les services de Rooster Cogburn (Jeff Bridges), un Marshall qui a la fabuleuse réputation d’être un vrai « homme de cran » (traduction manquant de nuance de l’expression a man of true grit en anglais), mais n’en reste pas moins gros, borgne et un peu ivrogne sur les bords. S’incruste dans cette chevauchée en territoire indien LaBoeuf (Matt Damon), un homme de loi – un vrai texas ranger – qui se prend pour un cow-boy mais que Rooster et Mattie, eux, ne prennent pas vraiment au sérieux. De ces trois personnages un peu bancals, lequel fera preuve du plus grand courage, de… true grit?
Presque tous les ingrédients du western sont réunis, mais nous avons affaires aux frères Coen. Le regard amusé des réalisateurs vient se calquer sur le point de vue à la fois naïf et affûté de Mattie. Elle est aussi le narrateur du livre de Charles Portis dont est adapté le film et c’est là tout l’intérêt, même si les frères Coen n’hésitent pas à l'alléger la présence de cet unique mais imposant personnage féminin dès qu’il le devient nécessaire, pour s’intéresser de plus prés à Cogburn et LaBoeuf, un duo tout aussi intéressant que la rencontre entre Matt Damon et Jeff Bridges. Le spectateur est invité à observer la relation entre ces deux hommes tour à tour rustres, sensibles, protecteurs, immatures, forts, lâches qui s’illustre dans quelques scènes qu'on a laissé durer, savoureuses, aidées par un excellent jeu d’acteur. Habitué aux rôles de types (trop) intelligents, bons ou mauvais, Matt Damon est ici remarquable en bêta. Plus en retrait que d’habitude, il laisse Jeff Bridges, l’acteur et le personnage, défiler en tête. Ce dernier reprend le rôle de John Wayne qui lui avait permis de remporter l'unique oscar de sa carrière en 1970.
Que ceux qui attendent le retour du genre western sur nos écrans passent leur chemin. True Grit est un faux western au même titre que Kill Bill n’est pas un film de kung fu. Dans la lignée des oeuvres de Tarantino, les films des frères Coen utilisent un champ lexical, une imagerie particulière propre à un genre cinématographique précis et qui fait probablement écho à la propre mélancolie des cinéphiles qui sommeillent en eux. Mais True Grit manque de piment. Si les dialogues sont réussis, le scénario est un peu faible. La rencontre entre Mattie et l’assassin de son père semble trop facile, presque préméditée. Contrairement à Tarantino, les frères Coen maîtrisent mal les mécanismes du suspense, mais l’on ne leur reprochera pas de ne pas savoir divertir. Coen et Coen ont choisi de privilégier le point de vue à l’action, au risque de déplaire à certains, mais après tout, qu’importe ?
Liens:


