Agé d'à peine six ans, et seulement quatre après son explosion planétaire, Facebook a déjà un film à (presque) son nom. C’est dire le succès de la chose, quand on pense que Justin Bieber a tout de même attendu d'avoir seize ans avant de sortir son autobiographie.
Le sujet ne pouvait que plaire, et franchement, le film est remarquablement réalisé. Le film s’en sort bien au box office américain (plus de 72 millions de dollars après avoir occupé la tête du box office pendant deux semaines dès sa sortie, selon le magazine Première). Sorti le 13 octobre sur les écrans français, il vient d’être détrôné par Arthur et la guerre des deux mondes mais comme ailleurs, les critiques sont unanimes. Le site américain Rotten Tomatoes estime que 97% des 233 critiques répertoriées ont salué le travail de David Fincher.
Le film revient sur la création du site Facebook par Mark Zuckerberg, petit génie informatique devenu le plus jeune milliardaire du monde, mais socialement inepte. Fincher reprend ainsi une théorie développée dans l’ouvrage The Accidental Billionaires de Ben Mezrich, et remise en cause par le principal intéressé. Ce défaut lui vaut deux procès : l’un contre trois anciens étudiants de Harvard qui l’accusent de leur avoir faucher leur idée de réseau social universitaire ; l’autre contre Eduardo Saverin, son meilleur ami et co-fondateur de Facebook qui jouit d’une plus grande popularité que Zuckerberg dans les milieux étudiants à l’époque.
On ne peut pas reprocher grand chose au scénario qui s’illustre surtout par sa subtilité. Des couloirs de Harvard au monde lisse de la Silicone Valley, ces environnements pour privilégiés ne sont rendus ni vils, ni glamours. Ils ne sont que les décors dans lesquels évolue le personnage de Zuckerberg. Comme lui, Fincher ne semble jamais leur accorder de valeur, et c’est tant mieux. Rien à redire non plus sur la réalisation et le montage, justes et efficaces.
Pourtant, au deux tiers du film, on décroche. C’est peut-être qu’à l’image du site qui l’a inspiré, on pourra reprocher à ce Social Network son manque de… substance. Mais là-dessus, les avis diffèrent. Certains succomberont aveuglement à la fascination pour ce personnage hors norme qui pourrait bien avoir eu l’idée du siècle. D’autres penseront que l’opportunisme prévaut chez Zuckerberg qui, finalement, cède à la tentation du pécule, poussé par Sean Parker, le fondateur de Napster et businessman joué dans le film par Justin Timberlake. Ceux-la se détacheront du film, déçus de ne pas y trouver ce petit je-ne-sais-quoi qui élève, qui éduque, qui transporte.
La morale de cette histoire c’est qu’il y en n’a pas. The Social Network est une photo réussie de notre époque. Cadrée autour d’une histoire bien racontée, elle révèle avec pudeur les bordures floues d’une société occidentale démoralisée mais ne prend jamais partie. A force de ne pas se mouiller, il manque une âme à ce film, comme à Zuckerberg tel qu’il est y représenté, et comme à beaucoup d’entre nous qui avons nourri le succès de ce jeune homme.
Aussi, peut-être eut-il tout simplement fallu que David Fincher attende, comme Justin Bieber, et prenne le recul nécessaire sur notre temps pour en distinguer les failles afin de mieux les analyser. Même si le film est bien mené, revivre dans les salles obscures un phénomène de société dont nous sommes si proches revient finalement à ne pas sortir de chez soi…
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